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Transcription

Les Saisons du Kébèk

Radio Alys présente la version 12 du diaporama sur les 4 saisons du Kébèk de Michel Boulianne le Vraitographe et Jeff le Bizzart à la musique originale

Les 4 saisons du Kebek, version Bizzart

Au Kebek, les saisons ne passent pas.
Elles débarquent.
Elles cognent à la porte avec des bottes pleines d’étoiles, des mitaines de prophète, des guirlandes de vent, puis elles disent :
« Arrange-toé avec le mystère, mon beau. On est arrivées. »

1. Le printemps : la saison des flaques prophétiques

Le printemps du Kebek commence toujours par une grande négociation entre la neige et la bouette.
La neige dit : « Je reste encore un peu. »
La bouette répond : « T’es déjà partie, mais t’es trop orgueilleuse pour t’en rendre compte. »

Alors les trottoirs deviennent des rivières miniatures. Les bottes prennent des décisions philosophiques. Les autos éclaboussent les passants avec la précision d’un oracle mal élevé. Et quelque part entre la forêt de TéKwéondé et les ruelles de Limoilou, les premières perles ressortent de sous la glace, comme si l’hiver avait pondu des idées pendant son sommeil.

Le printemps, c’est la saison de la perle verte.
Celle des relations qui repoussent croche, des voisins qui se reparlent, des écureuils qui recommencent leurs réunions syndicales, des humains qui osent enfin dire :
« Faudrait ben prendre un café. »
Ce qui veut dire, au Kebek :
« Peut-être qu’on va réparer un petit morceau du monde. »

2. L’été : la saison des terrasses intergalactiques et du Far West des oiseaux

L’été du Kebek arrive en retard, mais quand il arrive, il enlève son manteau d’un coup et se prend pour Bora-Bora avec des cônes orange.

Tout le monde sort.
Les vélos apparaissent.
Les guitares aussi.
Les mollets pâles deviennent des événements publics.
Les ruelles sentent le BBQ, le lilas, la crème solaire, la bière de microbrasserie et les grandes théories sur la vie.

C’est la saison de la perle rouge : l’espace.
On occupe les parcs, les balcons, les quais, les îles, les plages improvisées entre deux travaux publics.
On découvre que le Kebek est plus grand que sa météo.
On y trouve des royaumes dans une cour arrière, des cathédrales dans une piscine gonflable, des hôtels de Hilbert dans chaque cabanon.

L’été bizzart, c’est quand une mouche devient messagère, qu’une terrasse devient congrès mondial des âmes fatiguées, et qu’un coucher de soleil sur le fleuve donne envie de pardonner à l’univers ses erreurs de gestion.

3. L’automne : la saison des feuilles qui savent trop de choses

L’automne du Kebek ne tombe pas.
Il compose.

Chaque arbre sort sa partition : rouge feu, jaune ancien, orange insolent, brun de vieux grimoire. Les feuilles ne meurent pas, elles font leur dernier spectacle. Elles disent :
« Regardez-nous bien. Même finir peut être flamboyant. »

C’est la saison de la perle bleue : du temps.
Le Chronos rentre à l’école avec son agenda.
Le Kairos saute dans les feuilles.
L’Aion regarde les montagnes changer de peau.
Et la Conscience, en foulard trop long, marche dans le parc en se demandant pourquoi certaines fins ressemblent à des débuts qui ont pris de l’expérience.

À l’automne, le Kebek devient jungien sans demander la permission.
Les citrouilles ont des complexes.
Les corneilles font des colloques.
Les cafés deviennent des laboratoires de mélancolie chaude.
Et chaque feuille qui tombe semble nous souffler :
« Lâche ce qui doit tomber, mais fais-le avec panache. »

4. L’hiver : la saison du ministère de l’imagination

Puis vient l’hiver.
Pas un petit hiver décoratif de carte postale.
Non.
Le vrai.
Le grand.
Le Kebek en armure blanche.
Celui qui te regarde droit dans l’âme et te dit :
« T’as-tu des bonnes bottes pour traverser ton inconscient ? »

L’hiver, c’est la saison du rêve, des désirs et de la perle d’or cachée dans le froid.
Le désir devient braise.
La chaleur devient relation.
Une tuque devient couronne.
Un banc de neige devient montagne sacrée.
Une souffleuse devient dragon municipal.

Les maisons deviennent des phares. Les fenêtres brillent comme des petits soleils privés. On apprend que survivre ensemble, ce n’est pas juste endurer le froid, c’est inventer des feux minuscules : une soupe, une chanson, un texto, une blague plate, une main tendue, un chandail laid, une lumière laissée allumée.

L’hiver du Kebek nous enseigne la grande loi bizzart :
ce n’est pas parce que tout est gelé que rien ne bouge.
Sous la neige, les rêves travaillent en cachette.
Sous la glace, les rivières répètent leur chanson.
Sous nos manteaux, nos cœurs font du ski de fond dans l’invisible.

Le cinquième secret

Mais au Kebek bizzart, il existe une cinquième saison.
Elle ne figure pas au calendrier.
Elle arrive parfois le 32 décembre, le 32 août, ou un mardi ordinaire entre deux rendez-vous.

C’est la saison des rencontres.
La saison où une personne, une phrase, une chanson, une abeille, une panne d’autobus ou une lumière dans la neige change la direction de notre vie.

Cette saison-là ne dépend pas de la température.
Elle dépend de notre capacité à reconnaître les perles quand elles roulent sous nos pieds.

Et c’est peut-être ça, le Kebek version Bizzart :
un pays où les saisons ne servent pas seulement à mesurer le temps,
mais à nous rappeler que nous sommes nous-mêmes des climats,
des tempêtes, des fontes, des floraisons,
des automnes intérieurs,
des hivers qui préparent des printemps.

Un peuple de gardiens de phare avec des bottes mouillées,
des lunettes embuées,
et des questions assez grandes
pour réchauffer l’univers. 🐝✨

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