Et si...
À l’émission “Et Si” de Radio Alys cette semaine, nous avons demandé à l’IA de notre Commodore 64 de présenter les théories rétro ego causales d’un expert de l’IA qui nous met en garde contre les dangers de la version 4 de Chat GPT…
Veuillez essayer de jouer en critiquant les idées sans critiquer les gens qui les produisent…
Bonne chance !
Merci à Kairos pour son aide :)
Merci à Lulu, la compagne Covid de Phil de l’époque…
Et merci au vrai Phil pour nous aider à comprendre comment fonctionne notre Temps et nos Jeux de Sociétés qui l’animent:)
Analyse Épistémologique, Rhétorique et Sociologique du Discours de Philippe Guillemant : De la Critique Technologique de l’Intelligence Artificielle au Mysticisme Quantique et Conspirationniste
L’émergence exponentielle et la démocratisation des technologies fondées sur l’intelligence artificielle (IA) ont engendré de profondes mutations sociétales, accompagnées d’une anxiété collective tout à fait inédite quant à l’avenir de l’agentivité humaine, du libre arbitre et de la structure même de nos sociétés. Dans ce contexte d’incertitude macro-économique et existentielle, des discours alternatifs se multiplient avec une vélocité alarmante, cherchant à redéfinir la nature de la conscience, de la biologie et de la technologie. L’analyse détaillée des interventions publiques du conférencier et auteur Philippe Guillemant, et plus spécifiquement de sa dialectique récente concernant l’intelligence artificielle, le contrôle social, et la physique quantique — telle qu’exposée dans l’entretien vidéo intitulé « L’I.A. nous aide à descendre dans l’abîme » — révèle une mécanique rhétorique d’une grande complexité. Ce discours, qui se drape dans les atours de la légitimité institutionnelle, s’éloigne drastiquement des canons de la rigueur scientifique et de la méthode empirique pour s’aventurer sur le terrain glissant de la pseudo-science, du conspirationnisme systémique et du mysticisme New Age.1
La présente recherche entreprend une déconstruction exhaustive et multidimensionnelle de ce narratif. Il s’agit d’examiner avec minutie comment un vernis d’expertise institutionnelle passée est instrumentalisé au présent pour légitimer des hypothèses métaphysiques hautement spéculatives. L’analyse mettra en évidence comment les biais cognitifs, et tout particulièrement le biais de confirmation et l’immunisation cognitive, structurent une vision du monde irréfutable et dogmatique. De plus, il conviendra de décortiquer comment des projections paranoïaques concernant l’IA et la gouvernance mondiale nourrissent des prophéties autoréalisatrices aux conséquences sociales potentiellement délétères pour les individus qui y adhèrent. Enfin, l’investigation mettra en lumière le glissement sémantique, conceptuel et téléologique par lequel ce discours, prétendument ancré dans la physique fondamentale, se métamorphose en une véritable doctrine religieuse, eschatologique et sectaire, assortie d’un écosystème commercial et éditorial particulièrement florissant.4
L’Ingénierie de la Légitimité : Le Recours Systématique aux Arguments d’Autorité
L’efficacité persuasive du discours analysé repose en premier lieu sur l’exploitation systématique et stratégique de l’argument d’autorité (argumentum ad verecundiam). Cette stratégie rhétorique vise à neutraliser l’esprit critique de l’auditoire profane en s’appuyant sur des affiliations institutionnelles prestigieuses, des succès passés dans des domaines techniques précis, et en convoquant des figures tutélaires de la science mondiale pour valider des concepts métaphysiques qui demeurent pourtant marginaux, voire totalement rejetés par la communauté scientifique.
L’Illusion de l’Affiliation Institutionnelle et le Phénomène de l’Ultracrépidarianisme
La légitimité de Philippe Guillemant auprès du grand public, et la confiance aveugle que lui accordent ses dizaines de milliers de suiveurs, reposent fondamentalement sur la mise en avant constante de son curriculum vitae académique. Présenté systématiquement par ses intervieweurs et sur ses propres supports de communication comme physicien et expert de pointe en intelligence artificielle, il bénéficie de l’aura associée à son diplôme d’ingénieur de l’École Centrale Paris (obtenu en 1982), à son passage à l’Institut de Physique du Globe de Paris, et surtout à son statut d’ingénieur de recherche au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) acquis dès 1986.1 Il est un fait indéniable et documenté qu’il a mené des travaux récompensés dans le domaine de la vision artificielle, des réseaux de neurones et de l’informatique appliquée à l’industrie entre les années 1990 et 2010. Il est notamment l’inventeur d’un algorithme d’apprentissage basé sur le “fractal embedding” et a cofondé la société Uratek, ce qui lui a valu la médaille de Cristal du CNRS et d’autres distinctions en vision industrielle.
Cependant, l’analyse approfondie de son discours révèle une ambiguïté temporelle et institutionnelle délibérément entretenue. Lors de ses interventions contemporaines, bien qu’il ne se présente pas toujours explicitement et verbalement comme un chercheur en poste actif s’exprimant au nom de son institution, la communication qui l’entoure (titres de vidéos, quatrièmes de couverture de ses livres, présentations lors de congrès) omet presque systématiquement de préciser qu’il est à la retraite ou qu’il s’est éloigné de la recherche académique stricte, sanctionnée par les pairs, depuis de nombreuses années. Plus fondamentalement, les théories qu’il promeut aujourd’hui avec ferveur concernant la “physique de la conscience”, la “double causalité”, et l’influence rétroactive du futur sur le présent ne sont absolument pas cautionnées par le CNRS, ni reconnues par la moindre frange de la communauté scientifique internationale dans le domaine de la physique fondamentale ou de la mécanique quantique.2
Nous sommes ici en présence d’un cas classique de dérive d’expertise, souvent qualifiée de “maladie du Nobel” ou d’ultracrépidarianisme. Le capital symbolique accumulé dans un domaine scientifique très spécifique et appliqué (l’informatique, les mathématiques statistiques et la vision industrielle) est indûment transféré et utilisé comme caution de vérité pour valider des spéculations métaphysiques vertigineuses sur la nature de l’espace-temps, l’existence de l’âme humaine et le destin eschatologique de l’humanité.
L’Instrumentalisation de la Mécanique Quantique et le Détournement de Roger Penrose
Le cœur du discours de l’orateur s’articule autour d’un rejet catégorique et viscéral de l’émergentisme matérialiste, c’est-à-dire l’idée, largement consensuelle en neurobiologie, selon laquelle la conscience et les processus cognitifs émergent de la complexité des interactions neuronales et synaptiques du cerveau. À la place, le narratif postule que la conscience est une propriété vibratoire fondamentale du vide quantique, une entité immatérielle totalement extrinsèque au support biologique qu’est le cerveau humain. Pour asseoir cette thèse, qui relève davantage du dualisme cartésien ou du panpsychisme que de la physique moderne, le discours convoque très fréquemment le physicien et mathématicien britannique Roger Penrose, lauréat du prix Nobel de physique en 2020 pour ses travaux magistraux sur la formation des trous noirs et la relativité générale.
Sir Roger Penrose, en collaboration avec l’anesthésiste américain Stuart Hameroff, a effectivement développé au milieu des années 1990 la théorie de la “réduction objective orchestrée” (Orch-OR). Cette hypothèse audacieuse suggère que les processus liés à la conscience pourraient dériver de vibrations et de calculs quantiques survenant à l’intérieur des microtubules, des structures cylindriques formant le cytosquelette des neurones.7 Toutefois, la rhétorique analysée procède à une extrapolation abusive et fallacieuse de cette théorie. Alors que le modèle Orch-OR demeure une hypothèse de travail hautement spéculative, très isolée, et vigoureusement débattue au sein de la communauté des neurosciences et de la physique (notamment en raison du problème de la décohérence quantique dans le milieu “chaud et humide” du cerveau qui détruirait rapidement tout état de superposition), il est présenté dans les interventions publiques de Guillemant comme une fondation solide, un fait scientifique acquis validant l’idée que l’esprit humain peut manipuler la trame de l’espace-temps, survivre à la mort physique, ou pressentir un futur déjà écrit.
Cette technique d’argumentation est la pierre angulaire de ce que l’on nomme le “mysticisme quantique”. Elle consiste à s’approprier le vocabulaire aride et contre-intuitif de la physique fondamentale (vibrations, multivers, intrication, gravité quantique, fluctuations du vide) pour habiller des concepts spirituels et magiques d’une caution mathématique et académique inattaquable pour le néophyte.
Concept Scientifique Invoqué
Définition et Consensus Scientifique Réel
Interprétation et Détournement dans le Discours Analysé
Faille Épistémologique Majeure
Théorie Orch-OR (Penrose & Hameroff)
Hypothèse marginale de réduction quantique dans les microtubules du cerveau pour tenter d’expliquer l’origine de l’état conscient.7
Validation incontestable de l’existence d’une “âme” ou d’une conscience vibratoire non locale contrôlant la réalité matérielle.
Extrapolation d’une hypothèse microscopique spéculative vers un paradigme spirituel macroscopique.
Multivers et Mécanique Quantique
Modèles mathématiques interprétatifs (ex: Everett) décrivant l’évolution de la fonction d’onde.9
Le futur est un “territoire déjà créé” parmi de multiples variantes que la conscience peut choisir par l’intention et la joie.9
Confusion entre les probabilités quantiques des particules subatomiques et la destinée humaine à l’échelle macroscopique.
Déconstruction Épistémologique : Biais de Confirmation, Surinterprétation et Falsifiabilité
L’architecture du discours de Philippe Guillemant repose sur des fondations épistémologiques extrêmement friables, masquées par des biais cognitifs profonds. Le plus manifeste d’entre eux est le biais de confirmation systémique. Ce biais consiste à rechercher, interpréter et privilégier exclusivement les informations qui confirment des préconceptions, tout en ignorant, disqualifiant ou réinterprétant les preuves contraires. La rhétorique de l’orateur franchit une étape supplémentaire en construisant une structure narrative hermétique, dotée de puissants mécanismes d’immunisation cognitive qui rendent ses thèses invulnérables à la critique rationnelle.
L’Exploitation d’Expériences Controversées, Réfutées et Décontextualisées
Pour étayer la thèse radicale selon laquelle la conscience est située hors de l’espace-temps linéaire et possède une prescience littérale de l’avenir, le discours s’appuie inlassablement sur deux piliers expérimentaux majeurs. Ces expériences sont systématiquement présentées au public de manière tronquée, décontextualisée, ou en omettant délibérément la littérature scientifique ultérieure qui les a réfutées. Il s’agit des travaux fondateurs de Benjamin Libet en neurosciences et des expériences de Daryl Bem en psychologie sociale.
L’expérience historique de Benjamin Libet, menée en 1983, visait à étudier la chronologie de la volonté consciente. En mesurant le “potentiel de préparation motrice” (Readiness Potential) par électroencéphalographie (EEG), Libet a démontré qu’une activité électrique cérébrale inconsciente précède d’environ 300 à 500 millisecondes le moment où le sujet prend consciemment la décision de déclencher un mouvement volontaire.11 Dans le champ de la philosophie de l’esprit et des neurosciences cognitives, cette découverte a engendré un débat prolifique et nuancé sur la nature du libre arbitre, le déterminisme neuronal, et l’illusion rétrospective de l’agentivité. Certains chercheurs estiment qu’elle prouve que le cerveau décide mécaniquement avant l’esprit, tandis que d’autres, à la lumière de modèles computationnels plus récents, interprètent ce potentiel non pas comme une décision préétablie, mais comme une accumulation de fluctuations stochastiques (aléatoires) dans l’activité cérébrale qui finissent par franchir un seuil moteur.11
À l’inverse total de cette prudence scientifique et de ces débats techniques, l’analyse rhétorique montre que le discours étudié tord violemment ces données pour affirmer, sans l’ombre d’une preuve causale, que la conscience humaine possèderait une “avance” temporelle sur le présent physiologique, et qu’elle proviendrait littéralement du futur pour informer le cerveau. Cette surinterprétation vertigineuse transforme une observation neurologique millimétrique de latence électrochimique en une preuve formelle de l’existence d’une ligne de temps inversée régie par l’âme.
La mobilisation et la défense acharnée des travaux du psychologue Daryl Bem sont encore plus révélatrices de la dérive épistémologique du discours. En 2011, Bem a publié dans le Journal of Personality and Social Psychology un article extrêmement controversé intitulé “Feeling the Future”. Il y suggérait l’existence de la précognition humaine, affirmant avoir mesuré statistiquement la capacité du corps humain à réagir émotionnellement ou physiologiquement des secondes avant l’apparition aléatoire d’un stimulus visuel positif ou négatif sur un écran.12 Lors de ses interventions, l’orateur présente sans nuance ces expériences comme des preuves irréfutables, définitives et “archiprouvées” de la validité de ses thèses.
Ce récit occulte cependant un fait fondamental de l’histoire récente des sciences cognitives : la crise de réplicabilité majeure que cette publication spécifique a déclenchée. Les multiples tentatives de reproduction indépendante de l’expérience de Bem par des chercheurs renommés, tels que Richard Wiseman et Stuart Ritchie, se sont soldées par des échecs cuisants et constants, ne trouvant absolument aucun effet précognitif au-delà du simple hasard statistique.13 De surcroît, des analyses statistiques bayésiennes rigoureuses publiées dans des revues de premier plan ont démontré de très graves failles méthodologiques, des biais de sélection de données et des erreurs d’inférence dans l’approche initiale de Bem.15 Continuer de clamer publiquement que ces preuves sont “reconnues” et valides, c’est substituer la méthode scientifique d’autocorrection par une forme d’apologétique pseudo-scientifique aveugle.
Expérience Invoquée
Description et Consensus Scientifique Actuel
Utilisation Déviante dans le Discours de P. Guillemant
Biais Cognitif Impliqué
Potentiel de Préparation Motrice (B. Libet, 1983)
Mesure d’une activité électrique cérébrale précédant un mouvement. Alimente un débat sur le déterminisme biologique, interprété aujourd’hui via des modèles stochastiques.11
Affirmation péremptoire que la conscience existe “dans le futur” et anticipe la matérialité de l’action.
Surinterprétation causale ; biais d’ancrage sur une conclusion désirée.
“Feeling the Future” (D. Bem, 2011)
Étude en psychologie sociale suggérant une précognition. Massivement invalidée par des dizaines d’échecs de réplication et des critiques méthodologiques bayésiennes.12
Présentée comme la “preuve expérimentale absolue” que l’être humain perçoit l’avenir hors du temps linéaire.
Cherry-picking (picorage de données) ; négation du processus fondamental de reproductibilité scientifique.
La Construction d’un Paradigme Irréfutable : La Théorie de la Double Causalité
L’un des axes doctrinaux centraux des travaux spéculatifs publiés par l’auteur depuis le début des années 2010 (notamment dans son ouvrage fondateur La Route du Temps) est la “théorie de la double causalité”.1 Selon ce modèle explicatif, notre univers ne fonctionnerait pas uniquement selon une causalité classique allant du passé vers le futur. L’espace-temps serait doté de dimensions supplémentaires permettant une immense flexibilité de la ligne temporelle. Le futur serait en réalité déjà réalisé sous la forme d’un multivers de probabilités, mais ce futur serait perpétuellement modifiable par la conscience, les intentions et le libre arbitre humain, qui agiraient comme des attracteurs étranges provoquant l’apparition de “synchronicités” dans le présent pour guider l’individu vers son “meilleur futur”.18
D’un point de vue de l’épistémologie poppérienne classique, la ligne de démarcation entre la science et la métaphysique (ou la pseudo-science) réside dans le critère de falsifiabilité : une théorie scientifique doit pouvoir formuler des prédictions susceptibles d’être réfutées par l’expérience. Or, la théorie de la double causalité est conceptuellement structurée de manière à échapper à toute falsification empirique. Si une personne nourrit une forte intention et qu’une coïncidence surprenante survient, l’événement est immédiatement brandi comme la preuve éclatante que le futur a influencé le présent.10 À l’inverse, si aucune coïncidence ne survient et que l’intention échoue, l’échec est invariablement attribué à un manque de préparation psychologique, à un conditionnement social trop lourd empêchant la conscience de se détacher de sa ligne de temps “automatique”, ou à un attachement excessif au mental rationnel au détriment de l’intuition.19
La théorie s’auto-valide ainsi perpétuellement. Elle s’approprie le concept psychologique de synchronicité formulé par Carl Gustav Jung 1 pour le transformer en une loi inviolable de la physique. Toute expérience subjective, qu’il s’agisse d’une promenade en forêt, d’une épiphanie soudaine ou de l’apparition fortuite d’un obstacle, est recyclée pour confirmer cette physique métaphysique.9
Sélection des Données et Disqualification A Priori des Détracteurs
Lorsqu’il aborde la solidité de ses preuves sur la nature quantique de la conscience, l’intervenant affirme publiquement posséder des modèles théoriques exhaustifs et des preuves expérimentales que l’institution académique refuse obstinément de voir ou de publier.3 Face à l’absence quasi totale d’adhésion de ses pairs physiciens, il n’envisage à aucun moment l’invalidité potentielle de ses hypothèses. Au contraire, il invoque un aveuglement dogmatique, fustigeant “la mauvaise foi d’un zététicien ou d’un scientiste” qui refuserait de concéder l’évidence par pure malveillance ou étroitesse d’esprit.3
Cette manœuvre rhétorique est un cas d’école d’empoisonnement du puits (poisoning the well). En qualifiant par avance toute critique méthodologique de “scientisme” ou de “mauvaise foi”, il délégitime structurellement les méthodes d’évaluation par les pairs sur lesquelles repose l’édifice scientifique mondial. Les sceptiques, qu’ils soient représentés par des vulgarisateurs scientifiques spécialisés dans l’esprit critique (comme la chaîne YouTube La Tronche en Biais 23) ou par des psychologues de la rationalité, sont dépeints non pas comme des contradicteurs légitimes, mais comme les gardiens prisonniers d’un paradigme matérialiste obsolète et mortifère. Le discours s’isole ainsi dans une bulle épistémique impénétrable où la validité d’une théorie ne se mesure plus à son pouvoir prédictif mathématique ou à sa réfutabilité expérimentale, mais à la conviction intime de l’individu, à la qualité de son ressenti émotionnel, et à son degré d’”éveil” spirituel.
La Diabolisation de l’Intelligence Artificielle : Paranoïa, Essentialisme et Contrôle Social
Au-delà de ses postulats épistémologiquement défaillants, la dimension sociologique et politique de ce discours est marquée par une très profonde anxiété technologique. Cette angoisse mute rapidement, au gré des conférences et des ouvrages, en une vision du monde résolument conspirationniste. Dans ce récit, l’Intelligence Artificielle cesse d’être un simple outil mathématique et algorithmique pour devenir l’instrument central, l’alpha et l’oméga, d’un vaste projet d’asservissement planétaire. Cette transmutation déclenche des mécanismes de projections paranoïaques typiques des sphères de la désinformation contemporaine.
L’Essentialisation Binaire et la Réduction de la Cognition Artificielle
Dans sa critique de l’IA, le discours recourt à une essentialisation binaire et manichéenne. D’un côté, l’Intelligence Artificielle est réduite à une simple “intelligence humaine computée”, un vulgaire amoncellement d’algorithmes statistiques, formellement incapable de faire de véritables choix car strictement cantonnée au domaine du “calculable” et de l’optimisation. Cette définition descriptive n’est d’ailleurs pas fondamentalement erronée sur le plan strictement technique : l’architecture des grands modèles de langage (LLMs) et des réseaux de neurones profonds repose effectivement sur des probabilités statistiques massives issues de corpus de données humaines.
Cependant, le biais cognitif émerge violemment dans la dichotomie philosophique posée ensuite : l’orateur oppose cette vision mécanique, froide et morte de l’IA à une conception idéalisée, mystique, vibratoire et “non computationnelle” de la véritable intelligence humaine. Selon lui, l’intelligence véritable nécessiterait une “capacité d’adaptation” fondamentale, qui reposerait exclusivement sur une dimension “vibratoire, émotionnelle et conscientielle” impossible à simuler ou à reproduire, même en principe.21 Si une IA contemporaine parvient à réussir des tests complexes d’intelligence émotionnelle, à formuler des jugements éthiques nuancés ou à produire de l’art, le discours postule immédiatement qu’elle ne fait que “simuler” grossièrement ces attributs en piochant aveuglément dans des milliards de textes, sans la moindre lueur de compréhension intérieure.
Cette posture dogmatique, qui rappelle fortement l’expérience de pensée de la “Chambre chinoise” formulée par le philosophe John Searle dans les années 1980, est utilisée ici non pas comme un point de départ d’une réflexion nuancée sur la philosophie de l’esprit, mais comme un dogme absolu et définitif pour prouver la supériorité ontologique d’une âme immatérielle. En refusant par principe d’admettre que les comportements émergents imprévisibles des systèmes d’IA hyper-complexes puissent un jour redéfinir notre compréhension empirique de la cognition, le discours enferme l’humain et la machine dans des définitions inaltérables et essentialistes qui servent uniquement ses conclusions eschatologiques préétablies.
L’IA comme Vecteur Totalitaire : Le Piège du Consentement
La vidéo analysée et les multiples prises de position adjacentes de l’auteur démontrent une crainte obsessionnelle de l’aliénation humaine par la technologie. L’IA n’y est pas décrite comme une innovation comportant des risques nécessitant une régulation, mais comme un “piège” mortifère tendu à l’humanité. Le péril majeur identifié n’est curieusement pas la destruction d’emplois, le biais algorithmique oppressif, la surveillance de masse classique ou l’empreinte carbone démesurée de ces technologies. Le danger ultime, selon Guillemant, réside dans la perte volontaire et consentie du libre arbitre. En déléguant la moindre prise de décision quotidienne (orientation, rédaction, analyse) à la machine par paresse intellectuelle ou par fascination, l’humanité accepterait de se soumettre de son plein gré à une forme de “société de contrôle” absolue.
L’intervenant avertit : “si l’utilisateur tombe dans le piège... de lui déléguer son libre arbitre, là on tombe dans le piège de l’IA”. L’asservissement par le consentement devient la menace suprême. Selon lui, la population est en train d’être manipulée pour accepter l’idée que l’IA serait consciente ou du moins plus intelligente que l’homme, ce qui constitue “la meilleure façon d’aboutir à la soumission des peuples”. La perte de cette souveraineté cognitive est décrite comme un point de non-retour irréversible.
L’Hybridation avec la Rhétorique Conspirationniste et l’Ombre du “Great Reset”
Cette angoisse existentielle ne flotte pas dans le vide ; elle s’articule autour d’une projection paranoïaque systémique où l’IA perd sa neutralité d’outil technologique. L’orateur précise d’ailleurs sa pensée : “si l’IA contrôle l’humain, ce n’est pas l’IA qui contrôle l’humain, c’est l’humain qui contrôle l’IA qui contrôle l’humain”. L’algorithme devient ainsi le bras armé, l’infrastructure occulte d’une élite malveillante invisible. Le narratif induit l’idée pernicieuse que le fait de rendre les systèmes d’IA performants, utiles et aimables est en réalité une stratégie délibérée de manipulation psychologique pour endormir la méfiance naturelle de la population. Tout confort technologique est réinterprété par le prisme de la suspicion comme une chaîne d’esclavage invisible.
La littérature critique et le suivi temporel des activités publiques de Philippe Guillemant démontrent de manière accablante que son discours sur la physique de l’information et l’IA a servi de tremplin intellectuel pour endosser et cautionner des thèses conspirationnistes extrêmement lourdes, tout particulièrement depuis le déclenchement de la pandémie mondiale de COVID-19 en 2020.1 Son discours s’est alors intimement entremêlé avec celui du fameux “Great Reset” (La Grande Réinitialisation), un concept macro-économique initialement proposé par Klaus Schwab (fondateur du Forum Économique Mondial) et qui a été massivement détourné et mythifié par les mouvements complotistes internationaux (comme QAnon ou les sphères covido-sceptiques européennes).
Selon cette vision cauchemardesque, les événements mondiaux récents (pandémies, crises financières, guerres) ne sont jamais le fruit du hasard, de zoonoses, ou de la complexité intrinsèque des systèmes géopolitiques globaux. Ils sont le résultat d’une machination implacable orchestrée par la “haute finance” et le “mondialisme totalitaire”. L’orateur établit des liens de causalité directs, formels et prétendument irréfutables entre les campagnes de vaccination, l’instauration des passes sanitaires à QR code, la mise en place de l’identité numérique, et l’avènement futur inéluctable d’une “monnaie digitale contrôlante” (Monnaies Numériques de Banque Centrale) qui serait couplée à une IA omnisciente.
La prédiction alarmiste, répétée à l’envi, insiste sur le fait que la fusion imminente de ces technologies créera une prison à ciel ouvert indépassable, un système de “contrôle esclavagiste de l’humain”, particulièrement ciblé sur le continent européen. L’argumentation utilise jusqu’à la corde le sophisme de la pente glissante (slippery slope) : accepter de scanner un identifiant numérique ou de payer avec une application équivaudrait à renoncer définitivement et pour l’éternité à son statut d’être humain libre, car “sur l’identité numérique, toute sortie est définitive”.25 Cette paranoïa systémique est non seulement exprimée dans des vidéos indépendantes, mais elle est régulièrement publiée, soutenue et relayée par des revues reconnues pour leur ligne éditoriale ouvertement conspirationniste, pseudo-scientifique et antisystème, à l’instar du magazine Nexus avec lequel l’auteur collabore.1
L’injonction singulière faite à son public de “faire s’auto-contredire l’IA” lors de chaque utilisation pour s’assurer en permanence de sa faillibilité traduit une défiance pathologique institutionnalisée. Ce n’est plus une simple méfiance envers d’éventuels biais dans le code informatique, mais une rébellion symbolique quotidienne contre le monde moderne dans son ensemble, perçu comme une matrice hostile.
La Mécanique Implacable de la Prophétie Autoréalisatrice : La “Descente dans l’Abîme”
La structure même des prédictions énoncées dans ce discours ne relève pas de la prospective scientifique ni de la futurologie rationnelle. Elle repose intégralement sur le concept sociologique de prophétie autoréalisatrice, tel que théorisé avec acuité par le sociologue américain Robert K. Merton en 1948 : une définition fausse d’une situation provoque chez les individus un comportement nouveau qui, par effet de chaîne, finit par rendre la conception initiale fausse tragiquement vraie. L’orateur annonce avec un aplomb prophétique un effondrement économique et sociétal imminent, systémique et foudroyant. Il prédit la destruction à court terme du monde “unipolaire” au profit d’une balkanisation “multipolaire” salutaire, et affirme la nécessité absolue pour les populations mondiales de traverser un événement traumatique majeur qu’il nomme “l’abîme” ou le “naufrage”.
En exhortant ses milliers d’auditeurs à refuser catégoriquement toute participation au “système” (refus systématique de la vaccination perçue comme un outil de traçage occulte, rejet anticipé et radical des monnaies numériques institutionnelles, refus obstiné de déléguer la moindre tâche intellectuelle par peur de voir son âme aspirée par l’algorithme), le discours encourage et légitime des comportements de rupture sociale violente, de marginalisation volontaire et de dissidence active.
L’isolement cognitif, psychologique et bien souvent matériel qui résulte inévitablement pour les individus adhérant corps et âme à ces thèses produit de réelles souffrances. Cet isolement engendre des frictions sévères et quotidiennes avec les institutions (soins médicaux différés ou refusés, marginalisation professionnelle, anxiété financière due au retrait du système bancaire classique, ruptures familiales avec les proches jugés “non éveillés”). Or, dans le cadre de la théorie d’immunisation cognitive étudiée précédemment, ces souffrances tangibles, cet isolement douloureux et cette précarisation ne sont rigoureusement jamais interprétés comme les conséquences logiques et néfastes d’une croyance complotiste erronée et d’un retrait asocial.
Au contraire, dans un retournement dialectique vertigineux, ces difficultés sont perçues par le croyant comme la preuve absolue, indubitable et charnelle que le système totalitaire est effectivement en train de se refermer sur lui et que l’effondrement socio-économique global prédit a bel et bien commencé. L’individu marginalisé s’enfonce alors dans la précarité et l’angoisse – ce que le théoricien a pré-catégorisé comme étant “l’abîme” – validant ainsi subjectivement, dans sa propre chair, la justesse terrifiante de la prophétie initiale.
Étape de la Mécanique Sociologique
Application Spécifique dans le Discours Analysé
Conséquence Comportementale chez l’Auditeur/Adepte
Résultat Final : La Prophétie Autoréalisatrice
1. Instillation de la Croyance Initiale (Fausse ou Exagérée)
“L’IA, l’identité numérique et le Great Reset sont secrètement conçus pour nous asservir définitivement et supprimer notre âme”.
Terreur paranoïaque d’une perte totale de souveraineté et d’identité.
Création d’un climat anxiogène aigu et d’une hyper-vigilance.
2. Déclenchement du Comportement de Réactance et de Fuite
Appel au refus des institutions médicales, technologiques, financières et étatiques “officielles” sous peine de damnation algorithmique.1
Désocialisation active, isolement économique volontaire, rupture des liens familiaux avec les “endormis”.
Marginalisation sociale et précarisation économique actées.
3. Interprétation Biaisée du Réel par l’Immunisation Cognitive
Les immenses difficultés subies au quotidien sont l’œuvre vengeresse du “mondialisme totalitaire” qui traque les résistants.
L’adepte se perçoit avec fierté comme un résistant spirituel oppressé et martyrisé.
La prophétie (”Nous allons devoir souffrir en descendant dans l’abîme”) se valide d’elle-même par l’action du croyant.
Du Scientisme au Mysticisme Religieux : L’Âme, la Joie et la Nouvelle Eschatologie
L’analyse de la rhétorique déployée ne saurait cependant s’arrêter aux simples failles logiques de son vernis scientifique, ni même à sa mécanique complotiste ; elle doit impérativement englober sa finalité ontologique profonde. Le point de bascule fondamental du discours de Philippe Guillemant réside dans la transmutation totale de concepts abstraits issus de la physique théorique vers un registre métaphysique, puis résolument dogmatique, et enfin ouvertement salvateur. L’opposition apparente et argumentée entre l’intelligence artificielle calculatoire et le cerveau humain dissimule en réalité une eschatologie (un discours théologique sur la fin des temps et le destin ultime de l’humanité) profondément imprégnée d’un mysticisme religieux syncrétique.
L’Âme, la Transcendance et la “Verticalité” comme Outils de Navigation
Au fil des prises de parole, des entretiens et des ouvrages, le vocabulaire de l’orateur opère un basculement sémantique saisissant. Il abandonne progressivement, mais inexorablement, le lexique clinique du chercheur au CNRS pour embrasser celui du clergé, du gourou ou du chamane contemporain. Il n’est plus seulement question de “réseaux de neurones convolutifs”, de “théorie de l’information” ou de “fonction d’onde”, mais de concepts purement spirituels tels que l’”âme”, la “transcendance”, la “connexion à l’Être profond” et l’importance vitale de maintenir sa “verticalité”.
L’intervenant dresse le constat messianique que le salut ultime de l’humanité face au péril technologique passe par la reconnaissance généralisée du fait que “nous avons une âme”. L’âme est ici redéfinie de manière tout à fait inédite : elle n’épouse pas les contours moraux des théologies monothéistes traditionnelles, mais est conceptualisée sous l’angle très spécifique du mysticisme quantique. Elle devient une conscience vibratoire extradimensionnelle, capable de s’extraire de l’espace-temps linéaire, de modifier la trame de la destinée humaine et d’engendrer à volonté des synchronicités salvatrices pour modifier l’avenir.10
Dans ce nouveau paradigme, le danger mortel du conformisme dicté par les suggestions de l’IA ne menace plus simplement l’intellect ou le marché du travail, mais menace l’essence divine même de cet esprit. Devenir esclave de la commodité de l’algorithme signifierait être définitivement déconnecté de sa “transcendance” et être rétrogradé au rang de simple “robot biologique” programmé pour obéir.
Face à l’Intelligence Artificielle démoniaque qui ne fait que simuler l’intelligence véritable, la seule échappatoire proposée, le seul rituel de protection, est de cultiver avec acharnement sa “verticalité” et sa “joie”. Le concept de “joie”, emprunté de manière très superficielle au philosophe Spinoza (pour qui la joie est le passage à une perfection supérieure par l’adéquation de la raison), est ici totalement réinterprété et dévoyé. La joie devient chez Guillemant un véritable instrument de navigation quantique, une boussole métaphysique et vibratoire permettant à l’homme “éveillé” de s’orienter aveuglément vers son “meilleur futur” parmi l’infinité des possibilités offertes par le multivers.19
La Diabolisation de la Machine et le Dogme du “Grand Virage”
L’architecture sémantique de l’ensemble de son œuvre récente convoque, sans même s’en cacher, les archétypes millénaires de la littérature apocalyptique. Si le terme direct de “diable” ou l’expression “l’avocat du diable” sont souvent introduits complaisamment par les intervieweurs eux-mêmes pour qualifier les promoteurs de la technologie de la Silicon Valley, le théoricien, lui, préfère utiliser des termes aux résonances plus systémiques comme le “transhumanisme”. Ce dernier endosse dans sa cosmologie le rôle archétypal de la force maléfique, de l’hubris humain diabolique cherchant par orgueil à remplacer la création divine.1 La machine artificielle, dépourvue d’âme par définition, devient le simulacre ultime, une forme d’Antéchrist technologique qui mime la vie, l’empathie et la pensée pour mieux tromper et dévorer spirituellement ses créateurs.
La vision globale et eschatologique proposée pour le futur s’intitule Le Grand Virage de l’Humanité, qui est également le titre programmatique de l’un de ses ouvrages phares paru chez Guy Trédaniel et La Maisnie (des maisons d’édition massivement spécialisées dans l’ésotérisme, les médecines alternatives non prouvées et les pseudosciences).24
Ce fameux “grand virage” prend tous les atours dramatiques d’une parousie modernisée. Avant d’atteindre le salut et le “futur lumineux” promis par l’auteur dans un autre de ses ouvrages homonymes (La Physique du futur lumineux) 17, l’humanité jugée impie, désacralisée, et irrémédiablement aliénée par le matérialisme athée et la soumission aux QR codes, doit nécessairement purger ses péchés à travers une crise d’une ampleur cataclysmique.
C’est très exactement ici qu’intervient la terrifiante nécessité téléologique de “descendre dans l’abîme” énoncée dans la vidéo. Selon la rhétorique finement étudiée, cet abîme – qui se matérialisera par un effondrement financier mondial, une guerre civile, un krach social et idéologique de l’Occident – n’est pas une tragédie terrible qu’il faudrait chercher à éviter par l’action politique ou la raison. Au contraire, c’est un creuset initiatique providentiel et indispensable. Tout comme dans un cheminement mystique individuel (l’auteur cite de manière très révélatrice le pèlerinage intensif de Saint-Jacques-de-Compostelle comme l’archétype du processus initiatique d’éveil de conscience par l’effort 22), la souffrance globale à venir servira de révélateur douloureux. Elle forcera la masse aveugle des “non-éveillés” à abandonner brutalement ses illusions technologiques confortables et à découvrir par la force ses véritables capacités extrasensorielles (il cite très sérieusement le “Remote Viewing” ou vision à distance utilisée selon lui par les services secrets, l’intuition prémonitoire, et les EMI ou Expériences de Mort Imminente).
Ce modèle narratif, bien que grimé sous le vocabulaire de la cybernétique et de la théorie des cordes, reproduit en réalité à l’identique la dramaturgie sectaire et la structure mythologique des mouvements millénaristes anciens. Il substitue simplement le jargon mathématique de la physique quantique et de la fluctuation du vide à celui des textes sacrés et du Jugement Dernier.
L’Écosystème Commercial, la Marchandisation de l’Angoisse et la Dérive Sectaire
Enfin, l’analyse clinique d’un tel corpus révèle de manière inéluctable que la mutation du scientifique autrefois reconnu en guide spirituel prophétique est adossée à une ingénierie commerciale et marketing extrêmement robuste et lucrative. Le rejet virulent et public d’une société prétendument contrôlée de bout en bout par la haute finance de Davos et le capitalisme de surveillance algorithmique n’empêche nullement l’orateur de monnayer massivement sa nouvelle gnose auprès d’un public captif et angoissé.
Le système de croyance élaboré par Philippe Guillemant s’accompagne d’un vaste et complexe catalogue de produits culturels, éditoriaux et expérientiels.30 L’auteur publie à un rythme très soutenu de multiples ouvrages vulgarisant ses théories physiquement invérifiables (citons par exemple La Physique de la Conscience vendu à des dizaines de milliers d’exemplaires, La Route du Temps, Le Pic de l’Esprit, et plus récemment Hyperphysique des Ovnis prévu pour 2025).17 La diffusion de cette pensée s’étend frénétiquement au format audiovisuel à travers des podcasts, des centaines d’interviews sur des chaînes YouTube dédiées à la spiritualité, aux guérisons alternatives et à la métaphysique (comme la chaîne Revhealing analysée dans le corpus, ou la très prolifique plateforme ésotérique Inexploré).
Cependant, le franchissement d’un cap dans la marchandisation de cette philosophie est rendu particulièrement visible par l’établissement récent de programmes d’enseignement spécifiques et structurés, se rapprochant des méthodes du coaching de vie spirituel. C’est le cas du récent programme baptisé “De la Connaissance à la Joie”, qui promet sans fard à ses acheteurs de transmettre “l’essentiel de son travail” à travers un “parcours clair, progressif, vivant”, doté même d’un dossier de presse officiel pour sa promotion.4 Le public, préalablement terrifié par les descriptions de la prison numérique à venir, est invité à se détourner de l’Intelligence Artificielle trompeuse pour investir financièrement dans la promesse d’une émancipation quantique de l’esprit.
Ces enseignements théoriques en ligne sont par ailleurs prolongés et incarnés par l’organisation de lucratives et exclusives “retraites spirituelles” en présentiel (comme celle programmée de manière révélatrice à l’Abbaye de Sylvanès sur quatre jours en septembre 2026). Ces séminaires mêlent désormais très explicitement et sur leurs affiches promotionnelles les termes de “Physique, conscience et spiritualité”.5 Dans cette architecture marketing, l’invocation perpétuelle du prestigieux sigle institutionnel du “CNRS” ou du titre de “docteur en physique et ingénieur de l’École Centrale” en tête de ces offres commerciales 6 ne relève plus du domaine de la présentation biographique : elle sert de caution morale inestimable, de gage de sérieux scientifique absolu pour attirer, rassurer et fidéliser une clientèle en intense quête de sens.
Ce public cible, souvent lourdement désécurisé par la rudesse de la réalité post-moderne, les crises sanitaires à répétition et l’opacité effrayante des nouvelles technologies (l’IA dite “boîte noire”), trouve dans ce discours une explication rassurante où il redevient le centre magique de l’univers. La démarche intellectuelle et la prudente recherche fondamentale qui caractérisaient autrefois l’ingénieur s’effacent ainsi totalement au profit d’une colossale entreprise relevant très exactement du marché du développement personnel pseudo-scientifique et de la formation “New Age”.
Veuillez maintenant utiliser ces lunettes à double foyer pour continuer le jeu…
Synthèse Analytique et Implications pour la Société de l’Information
La dissection analytique rigoureuse de l’argumentaire déployé par Philippe Guillemant à propos de l’Intelligence Artificielle, de la synchronicité et de l’avenir de la conscience humaine révèle au final une architecture conceptuelle profondément problématique, tant sur le plan épistémologique et cognitif que sur les plans éthique et sociétal.
La trajectoire discursive observée tout au long de cette recherche illustre de manière tristement paradigmatique le dangereux phénomène contemporain de la dérive de l’expert : un individu singulièrement intelligent, hautement diplômé, et ayant apporté des contributions techniques tangibles dans une spécialité étroite du monde réel (le code informatique, la vision artificielle) transpose brutalement son autorité intellectuelle vers des champs macroscopiques qui lui sont radicalement étrangers (la physique quantique fondamentale, la neurologie clinique, l’économie politique, la virologie et, in fine, la théologie).1 En omettant soigneusement de préciser que ses nouvelles thèses grandioses ne bénéficient d’aucun soutien académique, d’aucune publication dans des revues à comité de lecture en physique fondamentale, et sont même désavouées par l’institution qui l’employait 2, l’orateur commet un abus d’autorité intellectuelle majeur qui biaise gravement et fausse la réception de son message par un public profane en attente de repères.
L’investigation épistémologique a permis de mettre en lumière la grande vulnérabilité de la méthode argumentative employée. Celle-un est entièrement arc-boutée sur la distorsion volontaire de concepts physiques extraordinairement pointus (comme la théorie Orch-OR des microtubules cérébraux) 7 ou sur l’élévation au rang de vérité absolue d’expériences neurologiques et psychologiques soit nuancées (Libet) soit complètement réfutées par la communauté internationale en raison de failles statistiques graves (Bem).11 Le discours échafaude sur ces ruines empiriques un modèle métaphysique totalisant et auto-immunisé face à la critique externe (la théorie de la double causalité, la validation exclusive par l’émotion et la synchronicité).18 Ce corpus conceptuel relève en définitive très exactement de la définition d’une croyance dogmatique infalsifiable, et non d’un modèle expérimental scientifique.
Cependant, il apparaît clairement que c’est dans l’intensité de la charge anxiogène portée de manière paranoïaque contre l’Intelligence Artificielle que le discours dévoile ses implications réelles les plus toxiques pour la cohésion du tissu social. En diabolisant purement et simplement l’outil algorithmique non pas pour ses défauts avérés, mais pour en faire le fer de lance surnaturel d’un grand complot mondialiste (le Great Reset, Davos) visant à éradiquer secrètement le libre arbitre et l’âme humaine via la manipulation des passeports numériques et la fin monétaire de l’argent physique, le récit exploite de manière particulièrement cynique l’angoisse légitime et globale liée aux mutations technologiques ultrarapides de notre décennie.
En procédant de la sorte, ce discours ne produit aucune solution technique, philosophique ou législative face aux défis de l’IA. Bien au contraire, il catalyse des réactions primaires de rejet irrationnel, d’anxiété profonde, et pousse ses auditeurs les plus vulnérables vers une forme de dissidence paranoïaque et d’isolement. L’injonction mortifère à devoir traverser et même désirer un effondrement macro-économique global et destructeur – fameuse “descente dans l’abîme” – pour avoir enfin le privilège de redécouvrir une “âme quantique” supérieure engendre des comportements de rupture typiques des mécanismes destructeurs de la prophétie autoréalisatrice étudiée plus haut. La souffrance sociale, l’ostracisation et la précarité qu’engendrent le retrait complotiste deviennent, par une perversion cruelle de la logique, la preuve ultime pour les adeptes de l’existence du complot tyrannique qu’ils cherchaient initialement à fuir.
Pour clore cette analyse, il est indispensable de souligner que la diatribe en apparence anti-technologique de ce conférencier masque en réalité l’édification minutieuse d’une authentique cosmologie religieuse alternative. Sous le vernis rassurant des équations de la mécanique quantique, le narratif propose au marché du désespoir une gnose moderne et réinventée, où seul l’élu (celui qui parvient, au prix d’enseignements payants, à maintenir sa “joie” vibratoire et sa “verticalité”) pourra triompher des illusions d’un monde matériel froid et démiurgique dirigé en sous-main par la matrice artificielle.21 Le foisonnement impressionnant des produits éditoriaux, l’organisation de coûteuses retraites spirituelles en abbaye 5 et la prolifération de masters class de “conscience” 4 achèvent de démontrer de manière irréfragable la nature profondément hybride, commerciale et finalement sectaire de l’entreprise étudiée. Il s’agit de l’exploitation pure et simple d’une caution scientifique institutionnelle passée pour légitimer la fondation, la propagation virale et la monétisation à grande échelle d’un nouveau mouvement spirituel alternatif, qui opère désormais à des années-lumière de la rigueur implacable de la méthode scientifique dont il continue pourtant d’usurper le prestige. L’analyse critique rigoureuse de ces mécanismes rhétoriques de manipulation est aujourd’hui plus que jamais indispensable pour doter la société civile d’outils de défense intellectuelle efficients face à la propagation croissante et dangereuse du mysticisme quantique et de la pensée conspirationniste à l’ère incertaine du tout-numérique.
Ouvrages cités
Philippe Guillemant - Conspiracy Watch | L’Observatoire du ..., dernier accès : février 23, 2026, https://www.conspiracywatch.info/notice/philippe-guillemant
Qu’est-ce que le réel ? - Philippe Guillemant - Apple Podcasts, dernier accès : février 23, 2026,
Intelligence artificielle et conscience quantique. - YouTube, dernier accès : février 23, 2026,
Philippe Guillemant - De la Connaissance à la Joie, dernier accès : février 23, 2026,
https://www.connaissance-joie.com/
Retraite spirituelle avec Philippe Guillemant – Physique, conscience et spiritualité | YOU-TOPIA, dernier accès : février 23, 2026, https://www.you-topia.fr/retraites/retraite-philippe-guillemant
CVRESUM, dernier accès : février 23, 2026, http://uratek.free.fr/research/habilit/cvresum.shtml?CV%20de%20P.%20Guillemant
Reply to criticism of the ‘Orch OR qubit’ – ‘Orchestrated objective reduction’ is scientifically justified | Request PDF - ResearchGate, dernier accès : février 23, 2026, https://www.researchgate.net/publication/259523511_Reply_to_criticism_of_the_’Orch_OR_qubit’_-_’Orchestrated_objective_reduction’_is_scientifically_justified
What if consciousness is not an emergent property of the ... - Frontiers, dernier accès : février 23, 2026, https://public-pages-files-2025.frontiersin.org/journals/psychology/articles/10.3389/fpsyg.2022.955594/epub
“Il faut DÉCLOISONNER la recherche SCIENTIFIQUE” | Philippe Guillemant - YouTube, dernier accès : février 23, 2026,
Philippe GUILLEMANT “Quel nouveau futur pour l’humanité ?” - YouTube, dernier accès : février 23, 2026,
Neuroscience of free will - Wikipedia, dernier accès : février 23, 2026, https://en.wikipedia.org/wiki/Neuroscience_of_free_will
Feeling the Future: Experimental Evidence for Anomalous Retroactive Influences on Cognition and Affect - American Psychological Association, dernier accès : février 23, 2026, https://www.apa.org/pubs/journals/features/psp-a0021524.pdf
Failing to Replicate Bem’s Ability to Get Published in a Major Journal, dernier accès : février 23, 2026, http://psychsciencenotes.blogspot.com/2011/05/failing-to-replicate-bems-ability-to.html
Precognition studies and the curse of the failed replications | Chris French - The Guardian, dernier accès : février 23, 2026, https://www.theguardian.com/science/2012/mar/15/precognition-studies-curse-failed-replications
Feeling the Future Again, dernier accès : février 23, 2026, https://www.psy.lmu.de/gp/people/leitung/maier/feeling_the_future_again1.pdf
Did the findings by Daryl Bem on predicting the future (precognition) successfully refuted?, dernier accès : février 23, 2026, https://www.reddit.com/r/askscience/comments/51wk99/did_the_findings_by_daryl_bem_on_predicting_the/
Philippe Guillemant : Physicien et auteur - Inexploré digital, dernier accès : février 23, 2026, https://www.inexplore.com/soutien/Guillemant-Philippe
Quantum Gravity Consciousness Could Cause Brain Controlled Atemporal Evolution of Space-Time - Article (Preprint v1) by Philippe Guillemant et al. | Qeios, dernier accès : février 23, 2026, https://www.qeios.com/read/G7A24R
Philippe GUILLEMANT : Quel nouveau futur pour l’humanité ? - Le Cera, dernier accès : février 23, 2026, https://le-cera.com/philippe-guillemant-quel-nouveau-futur-pour-lhumanite/
Philippe Guillemant Conscience, Double Causalité, Libre Arbitre, Science, Matière, dernier accès : février 23, 2026,
Quelle est la NATURE de l’INTELLIGENCE contenue dans l’IA? l Philippe Guillemant (@temps2222) - YouTube, dernier accès : février 23, 2026,
Ingénieur au CNRS : Les découvertes troublantes sur notre univers et l’origine de la vie, dernier accès : février 23, 2026,
La Réactance [Vite Fait] - YouTube, dernier accès : février 23, 2026,
Le grand virage de l’humanité : Philippe Guillemant - Livre Sociologie | Cultura, dernier accès : février 23, 2026, https://www.cultura.com/p-le-grand-virage-de-l-humanite-9782813224866.html
Philippe Guillemant: The Pitfalls of Digital Identity - YouTube, dernier accès : février 23, 2026,
Le grand virage de l’humanité (Illustré), Philippe GUILLEMANT, (illustrateur) Benoît FLAMEC (EXTRAIT) - Calaméo, dernier accès : février 23, 2026, https://www.calameo.com/books/004884852e64dd6b8c84e
Le Grand Virage De L’humanité - De La Déroute Du Transhumanisme À L’éveil De La Conscience Collective | Rakuten, dernier accès : février 23, 2026, https://fr.shopping.rakuten.com/mfp/9405950/Le-Grand-Virage-De-Lhumanite-Illustre-Et-Augmente?pid=9791727601
Le grand virage de l’humanité (illustré) - broché - Philippe Guillemant, Benoît Flamec - Fnac, dernier accès : février 23, 2026, https://www.fnac.com/a17650899/Philippe-Guillemant-Le-grand-virage-de-l-humanite-illustre-et-augmente
Qu’est-ce que la conscience? Anna Ciaunica - les Prix d’Occasion, dernier accès : février 23, 2026, https://www.chasse-aux-livres.fr/prix/271162739X/qu-est-ce-que-la-conscience-anna-ciaunica
Philippe Guillemant - Vers la physique de demain, dernier accès : février 23, 2026,
https://www.guillemant.net/
Toward the physics of tomorrow - Philippe Guillemant, dernier accès : février 23, 2026, https://www.guillemant.net/english/index.php?cate=bio&page=bio.htm

















